C'était l'année dernière au Salon du livre, il se
promenait avec ses parents et voguait comme un wanderer aux cheveux ébouriffés, esquivant la réalité à grand coup de solitude, prêt à affronter les rêves comme nul autre garçon de son âge – et
de tous les âges – ne pourrait le faire.
Cette année, ce n’était pas ses parents, mais une jeune
fille, qui l’accompagnait. Le regard doux et
protecteur de cette fleur augurait l’affection d’une sœur ou d’une cousine
proche. Je me souviens l'an dernier, ce garçon (qui marchait aux côtés de papa et maman rappelons-le) n’était
pas avec eux, mais bien ailleurs, dans des mondes étranges et connus de lui seul. En observant sa figure, il était manifeste pour moi que les livres constituaient sa terre de prédilection et son réconfort le plus précieux. Aussitôt qu’il avait disparu dans la foule, j’avais griffonné sur un bout de papier de courtes
phrases, une idée de nouvelle ou de récit. Les mois s'étaient écoulés et rien n’avait encore été couché sur le papier. C'est qu'à mon insu, la force du souvenir
s'étiolait lentement.
Je ne pourrais dire ici, en quelques mots, toute l'ampleur de mon étonnement en voyant ce garçon une deuxième fois, à exactement un an d'intervalle. Spontanément, je me suis approché et lui ai dit : «Je vous ai vu l’année dernière et
sans que vous n'ayez rien fait – vous ne m’avez sûrement pas remarqué, nos
regards ne se sont même pas croisés – votre présence m'avait touché. Il m’était absolument impossible, aujourd’hui, de ne pas vous saluer. ». Étonnée, la jeune fille me souriait, lorsque ses yeux semblaient me dire : « Vous visez juste, Monsieur, vous savez
réellement lire la sensibilité de mon frère (ou de mon cousin) ». Si tel fut le cas, elle
n’avait pas tort. Personne, à ce moment-là, n’aurait pu me convaincre
du contraire.
Qu’avait de si spécial cet enfant? Son visage
exprimait une extrême douceur et son regard était submergé par la sincérité. Sa démarche, hésitante, ne connaissait pas la peur, mais était plutôt guidée par un scrupule aux nuances infinies. À la lisière de ses fragilités, ce presque-ado s’occupait malgré lui des maux de la terre, grappillait les trésors de la vie des autres en un clin d’oeil, comme
si ses yeux savaient mieux que ses mains «prendre» la beauté tout autour. Son teint blafard cachait une
tristesse, alors que sa bouche, héritière d'un absolu vouloir-dire, savait déjà chanter, j'en suis certain, un ou deux airs de Pamino. Ses mains étaient celles d'un poète et son cou, celui d’un homme qui aime Dieu. L'aura autour de son corps malingre exhalait la curiosité mystique d'un grand explorateur. Je ne lui ai parlé que deux minutes, mais
était suffisant pour qu'il devine que je le comprenais. La conversation aussitôt terminée, il s'est éloigné lentement, accompagné de sa fée. Jamais je ne saurai s'il partageait avec moi l'idée que nos corps et nos têtes se ressemblaient drôlement; comme deux guitares interprétant, à l'unisson, un air triste et joyeux de notre grand Mozart.
À ce petit garçon et à Mozart, dont on fête le 5 décembre 2011, le 220ème anniversaire de la mort.
À ce petit garçon et à Mozart, dont on fête le 5 décembre 2011, le 220ème anniversaire de la mort.
Excuses, il s'agissait du 220° anniversaire de sa mort, survenue le 5 décembre 1791...
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