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vendredi 14 octobre 2011

Bafona, troupe-fleur de mon pays

Né au Chili de parents chiliens, j'entretiens avec mon pays une relation fondée sur mon goût pour son art et sa culture. Voyez-vous, de mes frères et soeurs (nous sommes six), je suis le seul, je crois, capable de réciter par coeur les poèmes de Pablo Neruda ou les chansons de Victor Jara et Inti-Illimani. Peut-être aussi le seul capable de dire deux ou trois choses sur Violeta Parra, cette grande poète et artiste multidisciplinaire qui s'est donnée la mort en 1967. Mon rapport avec la culture de mon pays n'est pas légitimé par la question de l'identité, mais plutôt par mon amour indéfectible de l'art ainsi que par le souci d'explorer les musiques, danses, poèmes et tableaux ayant marqué la mémoire de mes parents aux années précédant ma naissance. Pour moi qui n'ai pas quitté le sol nord-américain depuis mon arrivée au Québec en 1976, le folklore chilien est une autre manière de parcourir les rues et villages de Santiago, Valparaiso et Maipu.

J'assistais hier soir au spectacle du Ballet National Folklorique du Chili et de la troupe Bafona à la Salle Wilfrid-Pelletier, un concert-bénéfice de la fondation Together for Chile qui oeuvre à la construction d'écoles et de centres communautaires aux endroits touchés par les tremblements de terre. Je ne savais pas réellement à quoi m'attendre. Y aurait-il de la danse, du théâtre, de la musique instrumentale, des chansons? Intrigué, je m'installais sur le siège et reconnaissais partout la chaleur de l'accent des gens de mon pays.

Toute la soirée, c'est la danse qui a dominé le spectacle. Par ses chorégraphies soignées et par la splendeur des costumes, la troupe Bafona nous a procuré un plaisir saisissant, pendant que les mouvements des danseurs s'alignaient aux rythmes et mélodies de l'orchestre. Tour à tour folkloriques, tribales et classiques, ces danses reléguaient à la musique —exécutée avec talent— une puissance à la fois sensuelle et primitive. Après un premier numéro de danse, une voix chaude et féminine apparaissait, à laquelle se joignit une seconde voix, impeccable et féminine elle aussi, pour un hommage à Violeta Parra. Plusieurs chansons, dont Gracias a la vida, ont touché le public. Apparaissait ensuite le chanteur de la troupe, un homme au gabarit robuste, à l'allure débonnaire, pour quelques airs de folklore que le public enthousiaste reconnaissait dans le temps de le dire. Cet homme (je n'ai pas son nom, malheureusement) impressionnait par la justesse de sa voix au dessin très clair et par sa présence sûre et charismatique, elle qui n'a pas manqué d'engendrer un lien intime, voire amical avec le public. La soirée se poursuivait avec des éclairages, des effets et des costumes tous flamboyants et parfaitement réussis. Pendant un numéro de cueca (danse nationale du Chili), trois paires de danseurs étaient montées sur la scène. L'une d'elles, formée d'un petit garçon et une petite fille —d'éblouissants maîtres de moins d'un mètre— exhalait profondeur et pureté. Un numéro touchant à la puissance 10.

Les musiciens étaient, eux aussi, de calibre; une mention spéciale à l'accordéoniste, coloriste et accompagnateur hors pair. Puis la qualité des danseurs, eux qui nous firent presque oublier l'espace limitrophe de la salle et parfois même (je ne rigole pas) nos origines. C'est que cette présentation était, ni plus ni moins, de qualité internationale, transcendant les frontières.

J'aurais encore beaucoup à dire de ce spectacle, l'un des plus beaux que j'ai vu cette année. Il faut croire que mes racines se souviennent encore. Plus, que mon amour de l'art, le vrai, est resté intact. Il est malencontreux que je n'aie pas plus de détails sur les talents vus et entendus ce soir. J'espère qu'ils me le pardonneront.

Voici le lien d'une vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=jMte4LuxsGg

(photo extraite du périodique Danzahoy)

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