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vendredi 23 septembre 2011

Friedrich et Alexandra

Elle m'a beaucoup parlé, cette rencontre avec Alexandra. Parlée car l'artiste est plus que vivante, elle est vibrante. Au départ, un partage en musique, quelques tableaux et dessins (les siens ainsi qu'un Kokis), la littérature et, pour terminer, la danse - merci Blondie et Bauhaus, parmi les 33 tours qui nous lorgnaient dans la garçonnière. Ces moments d'amitié sont aussi des moments de création - elle seule justifie, entre deux artistes, une amitié véritable.

À la dérobée, le partage de quelques citations - Nietzsche, Walser, Bataille. Nietzsche surtout: « L'être vrai commence à se trahir quand le talent baisse, quand il cesse de montrer ce qu'il «sait faire». Le talent aussi est une parure; une parure qui est aussi un déguisement. » (Aphorisme 130 in Par delà bien le mal). Le philosophe allemand est le spécialiste de ces phrases au couteau qui ouvrent les portes qu'on croyait fermées.

Cette rencontre, donc, avec Alexandra longeait la courbe du travail artistique, travail que j'avais négligé récemment au profit d'un boulot alimentaire. Cette rencontre me révélait cette part manquante à laquelle se jouxtait le désespoir de l'artiste qui ne peut se consacrer 24 heures sur 24 à la création. Il est insensé pour moi d'aller au boulot et, en terminant mon quart, dépenser tout mon argent en m'excusant de n'avoir pas répondu à l'appel du vrai devoir. Cet argent se dépense, en général, très rapidement (c'est qu'on n'en veut pas, on ne croit pas le mériter). Qu'est-ce qu'on achète ? Des riens, des inutilités (you never have enough of what you don't need). Puis, en semaine, on boit un, deux, trois verres à la santé de ces heures qu'on ne consacre plus à l'élévation de l'âme et de l'esprit, mais à celles de la déperdition, espérant que l'art nous pardonne quand y reviendra - si on y revient. Boire, dépenser, parler à des gens qui ne voient pas le visage tapi sous le masque. Boire pour oublier qu'on se trahit.

Si un homme se jette dans le loisir pour compenser ses manquements à la vérité, ce loisir, fût-il drôle et extrêmement divertissant, ne l'amusera guère.

Midi, à deux pas du boulot, au restaurant A&M dans le Mile End. Ce moment d'écriture me fait le plus grand bien. Je viens de jeter un coup d'oeil à la citation de Nietzsche, qui me secoue encore. C'est par elle que je réalise que je dois absolument revenir à la traduction. Un endroit où je manierai les mots, où l'écrivain continuera de naître. Le musicien réclamera sa part de temps à autres, part que l'écrivain lui reconnaîtra. Pendant ce temps, l'artiste, de garde, s'assurera que tout va bien.

Avec toutes les réussites rendues possible grâce à une écoute attentive du cri intérieur, il n'y a plus de raison de ne pas modeler, petit à petit à chaque jour, un monde plus juste, plus habitable et moins compliqué.

Merci Friedrich, Merci Alex

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