Ce livre était empilé sur ma bibliothèque depuis des mois. Son titre m'interpellait peu, l'auteur un peu plus. Pris de l'envie de lire un texte court, j'ai tiré du meuble La place d'Annie Ernaux que j'ai glissé dans ma besace, pour un court instant. C'est le premier livre que je lis de l'auteur de L'écriture comme un couteau. Ici, ce n'est pas tant le regard de scalpel qui foudroie, mais l'intensité de ce regard, sa profondeur à la lisière du ton de glace. La relation de l'auteure avec son père - avec sa famille - domine ce récit, traversé par la réalité des différence de classes, les parents de l'auteure étant ouvriers, puis commerçants. On l'apprendra en cours de lecture, personne dans cette famille, spécialement le père, n'aurait cru qu'un jour en sortirait une intellectuelle, plus un écrivain.
Voici un extrait:
Ni inquiétude, ni jubilation, il a pris son parti de me voir mener cette vie bizarre, irréelle : avoir vingt ans et plus, toujours sur les bancs de l'école. «Elle étudie pour être professeur.» de quoi, les clients ne demandaient pas, seul compte le titre, et il ne se souvenait jamais. «Lettres modernes» ne lui parlait pas comme aurait pu le faire mathématiques ou espagnol.
À distance, pratiquement vue de loin, Ernaux dépouille, avec une écriture allusive et une intelligence hors du temps, la relation avec l'homme que fut son père. Un récit incarné, qui m'a ébranlé car sa dimension touche aux questions du qui suis-je, ou vais-je et, ultimement, d'où est-ce que je viens.
Il y a longtemps qu'un livre ne m'avait frappé aussi fort. La dernière page est une scène de film, qui doit être regardée plutôt que lue. Un livre puissant, qui se veut une antithèse au monde arbitraire, peut-être aussi une sorte de pourfendeur des silences déshonorants, trop fréquents dans les familles du monde entier.
Très intéressant, tout ça... Devine ce que je vais te demander... ;-)
RépondreSupprimerCe sera avec plaisir! D'autant plus qu'il se lit assez rapidement.
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