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mercredi 27 juillet 2011

Paul McCartney, un mythe plus grand que nature

Comme des milliers d'autres fans venus de partout dans le monde, j'étais, hier soir, au Centre Bell pour assister au concert de Sir Paul McCartney. Des moments inoubliables, où j'ai eu la confirmation que mes glandes lacrymales fonctionnaient encore parfaitement.

Cinq musiciens sur scène, un éclairage efficace, fluide et rythmé, une scène ample, tout était en place lorsque Paul, vêtu d'un veston rouge, est arrivé environ 45 minutes après l'heure prévue. J'étais probablement plus nerveux que le chanteur, ne réalisais pas que j'étais parmi la foule pour ce concert, qui était comme un rêve pour moi.

Permettez-moi ce petit retour en arrière. Je me rappelle l'achat de ma première guitare, à 18 ans, une électrique Charvel, que je me suis procuré après avoir écouté quelques chansons du Fab Four. C'était bien des années après mon premier contact avec la musique classique - la preuve qu'il n'y a pas d'ordre particulier pour la découverte d'un genre musical. Certains synchronismes et coïncidences de la vie nous étonnent, et lors de ma découverte des Beatles, le hasard a voulu que j'achète, par miracle, leurs CD dans l'ordre chronologique de leur année de parution. Après deux boiteuses années passés à jouer sur ma Charvel, le goût de la guitare acoustique venait me titiller. Un soir en revenant du travail (j'étais alors gérant d'un restaurant dont la philosophie était diamétralement opposée à la mienne; en d'autres termes j'étais malheureux) j'empoignai ma six cordes acoustique Norman, achetée quelques mois plus tôt, appris à l'oreille la très belle Blackbird. Après trois heures passées sur l'instrument, je maîtrisais la chanson. J'y ajoutai ma voix, me risquant à la chanter à la manière de Paul. Le lendemain, en me rendant au boulot, j'avais la certitude qu'écrire des chansons était ce que je voulais faire dans la vie. Pas seulement ça, j'étais convaincu que si je pouvais jouer Blackbird à la guitare, je pouvais alors jouer n'importe quoi. Je reviens maintenant au concert d'hier soir, Paul était dans une forme splendide, paraissais comme un homme de trente ans avec sa vieille basse Hofner, qu'on lui associe depuis plus de quarante ans. Band on the run, Mrs Vanderbilt sonnaient comme de splendides coups de canon, tandis que les classiques du Fab Four défilaient pour notre plus grand bonheur. Plusieurs m'ont fait fondre, Blackbird évidemment, mais aussi The night before, Michelle, The long and winding road, I will, magnifiquement interprétée - presque plus belle que l'originale - et surtout Something («for my friend George» lança Sir Paul), jouée au yukulele d'abord et ensuite avec l'orchestre complet. En arrière-plan, défilaient des images de Paul et George dans l'amitié et le travail en studio. C'était très, très touchant. Ensuite, le classique Maybe I'm amazed, que beaucoup déploraient de n'avoir pas entendu lors de la tournée 2010 du chanteur. Et que dire de Live and let die, qui nous aura tous donné des sueurs, avec une mise en scène absolument extraordinaire: jeux d'éclairage, feux d'artifices et surtout des flammes, de vraies, fusant de partout sur la scène. Le Centre Bell a eu chaud, imaginez le quintette!

Et cela continuait, comme un feu roulant. Give peace a chance – un signe de paix apparaissant en image - était ni plus ni moins politique. Puis, il y a eu de ce vibrant hommage à John Lennon, avec la chanson Here today: «This song is a conversation that we never had», exprima Paul, visiblement ému. Alors qu'on pensait tous que c'était terminé, Sir Paul est revenu, après des acclamations qui duraient depuis déjà quelques longues minutes. Je ne me souviens plus dans quel ordre il a chanté, en rappel, les Get back, Yesterday, et finalement la finale du medley d'Abbey Road, de Golden Slumbers jusqu'à The End. Le concert n'aurait pu mieux se terminer qu'avec ces paroles mythiques de l'un des albums les plus mythiques de l'histoire de la musique : «And in the end, the love you take is equal to the love you make. » Cela me rappelle un partage amical tout simple avec l'auteur-compositeur Daniel Boucher, il y a quelques années, partage où il fut question des vers célèbres du medley. Daniel m'avait dit tout simplement : «Ils ont compris». Hier soir, la preuve de cette compréhension était claire, tout autant que la perfection de cette communication entre l'ex-Beatle et son public. Tout ça était sans équivoque, magique, et cela nous fit le plus grand bien. De ma vie je n'ai assisté à plus belle prestation, à plus grande manifestation d'amour et de paix. Inoubliable.

Les mots me manquent et j'ai maintenant besoin d'un peu de musique. Hier soir, en Paul j'ai reconnu un ami, celui qu'il fut toujours pour moi, qu'il restera.

3 commentaires:

  1. Il semble que John et Paul se soient entendus pour brider George Harrison.

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  2. Je me réjouis et me questionne de voir
    un être aussi sensible à la musique
    que toi,triper autant sur une icône passée
    appuyant aussi fortement sur ses jeunes
    années.
    Beatles ou non.

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  3. @ Yvan, «Les musiciens ont une peau de moins que les autres» J.S. Bach. Seul le poète pourra réellement comprendre un autre poète. Et il n'y a pas lieu de se questionner, je ne vis pas à moitié, c'est tout!

    L'artiste véritable comprendra sans détour. Le spirituel aussi. Et Paul n'a pas appuyé si fort sur ses jeunes années, il n'a pas besoin de cela autant que nous, fans d'aujourd'hui, qui avons encore besoin de nous recueillir dans ces tubes qui parlent mieux de l'humanité que le font les succès d'aujourd'hui - je n'ai pas la qualité d'être nostalgique. Il est généreux Paul, c'est tout, il aurait pu faire un show de deux heures des chansons de ses 15 dernières années et il aurait quand même été sold out! Il ne le fait pas tant pour lui que pour nous, ses fans.

    Avoir l'impression de voir les Beatles grâce au génie d'un seul de ses membres, c'est quelque chose. Qu'un artiste vous force à revisiter des tranches de votre passé, c'est exceptionnel. Ce n'est plus une question de sensibilité, mais plutôt d'humanité.

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