dimanche 17 mai 2009

Se dire

Je me garderai de tout dire dans un seul billet, et ce même si la tentation y est souvent très forte. Entre des chroniques de livres, de concerts, de disque ainsi que celles du quotidien, tout un monde de rêve et de poésie tournoie dans mon for intérieur tandis que me gagne le désir constant de mieux faire dans la vie : lire, écrire, chanter, danser, boire, manger et dormir, car la création exige que le corps soit heureux lui aussi. Entre les amis et la famille, quelques bons repas qui me gagnent et me permettent de mieux envisager l'avenir. Ce blogue se cherche rapidement et souvent, ne se trouvant pas toujours à l'endroit et au moment les plus opportuns ; il va s'en dire, il est humain. Cette confession n'a rien d'une fuite, elle ne m'appartient pas, et j'écris pour mieux exister, car j'avais déjà confessé à un ami que de savoir écrire n'était pour moi autre chose que de savoir vivre. La masse est jupiterienne, du moins la mienne et tous mes textes vont et viennent depuis cette planète jusqu'à elle. Quoi qu'il en soit et histoire de passer à autre chose, cette citation de Novalis serait une synthèse d'où je veux en venir : La poésie est le réel absolu.

Depuis trois semaines environ, je suis occupé à enregistrer mes chansons. La préproduction est cette étape cruciale de l'enregistrement sonore qui vise à obtenir l'idée la rapprochée du résultat final d'une chanson, ce qui inclus les arrangements, textures sonores, ambiances etc.. J'enregistre donc mes chansons dans le confort de mon studio maison, coincé quotidiennement entre mon iMac, mon piano, quelques guitares ainsi qu'un micro, tout cela dans le but de vendre mes paroles et musiques à des interprètes reconnus. Ah ! Mon rêve serait d'entendre l'une de mes tounes à la radio ! Tout pour la musique, disait Michel Berger, et « La musique avant toute chose » avait écrit Verlaine. Heureusement, mes alter égos ne se sont pas encore lassés de ma présence, et je souffre, hélas! de cette maladie qu'on appelle le perfectionnisme. Se rapprocher de l'impossible, pour croire que c'est là une entité aussi illusoire que l'existence d'un Dieu. Certes, je ferme la porte aux possibilités qu'un jour je cesserai de vivre ; n'est-ce pas là l'objet même de toute création artistique (et le but de tout artiste) ? L'amour, la herse ultime —qui ne saura jamais réellement comment crier garde— d'un jour que l'on vit, du quotidien le meilleur, mûrit puissamment sur tous les tons. Le fruit est la pensée, la semence est le silence, qui est le meilleur ami de l'amitié véritable. Et je pense maintenant, soudainement et en dehors de tout ce qui existe déjà, à ma grande soeur.

J'ai fait une rencontre. Après deux semaines de fréquentation, un petit moment de chaos digne d'un dimanche de lassitude. Puis le retour des règles invisibles du désir ainsi que d'autres abandons. De la volonté tacite de continuer, de l'incapacité de le dire, de la conscience lucide de ne pas savoir exactement pourquoi l'on veut poursuivre. Certes, l'abandon tarde à faire son chemin car les peurs nous assomment, et celles-ci ont, hélas, une bonne mémoire. Comment échapper à des maëlstroms aussi finement ciselés, tout cela pendant que le vent du Nord court les rues et que l'on est incessamment pris dans une inéxorable urgence de vivre, de réussir et de vaincre en toute hâte, pour le meilleur et pour le pire, nos propres adversités ? Mozart l'avait si bien dit : « En musique, le plus difficile et le plus nécessaire, c'est le tempo ». Vie et musique, entre nous quelle est la différence ? Et qu'y a t-il de plus difficile que de rythmer sa vie ?

Des pensées pour Fauré, pour Beethoven, pour Proust et Kafka, pour Paul Auster que je lis assidûment depuis quelques jours. Leviathan est ce roman. Jules (de Jules se livre, vous connaissez sûrement son excellent blogue) avait écrit un billet sur ce roman, il y a de cela quelques mois. Ici, le narrateur, Peter Aaron, relate la vie de son ami, l'écrivain Benjamin Sachs, récemment décédé. Si vous me connaissez personnellement et que vous lisez ce livre, attachez votre tuque car vous vous direz certainement quelque chose comme ceci : « Voyons, ce Benjamin est bel et bien le sosie de Claudio ! » J'ai lu à quelques amis des extraits de la description que fait Peter Aaron de son ami Sachs et mon entourage s'accorde sur les ressemblances psychologiques et physiologiques qu'il y a entre moi et le héros du roman. Mais ce n'est pas tout, il y a un autre détail qui m'a désarçonné aussi fort. Benjamin Sachs, écrivain, est l'amoureux d'une femme prénommée Fanny. En avançant dans ma lecture, je suis resté complètement figé devant les descriptions que fait Aaron de Fanny, car celles-ci sont identiques ou presque aux descriptions de la jeune femme que j'ai rencontré tout récemment dans ma vie réelle! Pour vous plonger au coeur même de ces ressemblances, il m'est impossible de ne pas divulguer le prénom de la jeune femme en question, celle que je fréquente au quotidien : Stéphanie. Les ressemblances ne se limitent pas à celles des prénoms, car au moment où moi et Stéphanie nous sommes rapprochés pour la première fois, je lui ai dit que ses gestes me portaient à croire qu'elle était la réincarnation d'un chat. Au moment où je lui ai fait cette remarque, elle me montra, scrupuleusement, le discret tatouage qu'arbore le bas de son dos. Il s'agissait de la silhouette d'un matou en mouvement; les traits détaillés des pattes confirmaient le pas haletant de l'animal. Pas moins de deux jours après avoir aperçu ce tatouage, mes yeux parcouraient un très surprenant paragraphe du roman, car celui-ci faisait référence à Fanny, la femme du héros de Leviathan : « [...] tandis que Fanny était équilibrée, sédentaire, avec quelque chose d'un chat dans sa façon d'habiter son corps. » Et c'est comme ça tout au long du livre. Permettez-moi de crier une autre fois un "Ayoye" de stupéfaction.


Tant de hasards et de rencontres. Plus tôt cette semaine, la complétion d'une musique pour le court métrage d'un ami. Ce soir, j'ai pour la première fois visionné ce film. Et quel film! Le réalisateur, mon ami Jérémie Carvalho, dont le talent sera reconnu tôt ou tard, j'en suis sûr, touche très profondément et sans détours à d'infimes parois de l'âme, celles de la solitude, de la quête d'absolu avant tout. Chez le jeune réalisateur, on peut saluer sa sensibilité photographique, son sens de la musique et de la couleur. Musicien en plus d'être cinéaste, il sait rythmer les scènes, son art du montage en faisant foi. De grâce, un monceau de ma famille s'emballe tout autant que moi devant cette réalisation, car mon père tient un rôle principale dans celle-ci. La musique qui avance et qui fait avancer, douce révélation de la forme sonate au jour le jour. Je vous tiendrai au courant de l'avenir, le mien, le nôtre, les leurs. La musique qui enveloppe, Mozart qui fredonne une vie, la sienne ainsi que les autres, et moi qui m'emballe constamment devant ces créations symphoniques !

Lundi le 18 mai 2009 à 19hrs au Rosemère High School de la Rive-Nord aura lieu la projection officielle des courts métrages des finissants en études cinématographiques du Cégep Lionel-Groulx. J'y serai vêtu d'une cravate souriante et chaussé de mes plus beaux Converse.