mercredi 15 avril 2009

Rêveries nostalgiées

(Années montréalaises de 1997 à 2005. Retour à la banlieue par la suite)

La marche que je prends tous les jours (ou presque) pour me rendre au Café Dépôt de Rosemère me rappelle ces excursions impromptues que j’effectuais depuis mon domicile montréalais du quartier Petite Patrie jusqu'aux cafés situées au coeur du Plateau Mont-Royal. Parce que j'aime garder le sourire durant mon excursion de banlieue, c'est, ici comme à la ville, l'odeur du café qui m'attend au bout de ma destination qui tranquillise mon impatience et ravive ma force spirituelle en chemin. En d’autres mots, ce café que je savourerai aussitôt attablé me donne la force nécessaire pour garder mon enthousiasme jusqu'à mon arrivée au bistro. Et comme aujourd'hui la distance à parcourir de chez-moi jusqu'au café de Rosemère est presque identique à celle de mon chez-moi montréalais de l'époque jusqu'aux cafés du Plateau Mont-Royal, je bénéficie du même espace temps pour l'évasion spirituelle et la réflexion, pour l'écoute de musiques à même mon iPod ainsi que pour d'autres rêvasseries, si bien que jusqu'à tout dernièrement tout me laissait croire que mes excursions piétonnes en ce début de printemps allaient me procurer un bonheur semblable à ces randonnées urbaines qui meublaient mes après-midi et mes soirées en plein coeur de la grande ville. Malheureusement, il m'a fallu constater, après moins d’un kilomètre parcouru ici dans la Rive-nord à l'amoncellement d'une première véritable journée de soleil printanier, que les choses ne se passeraient pas comme je l'avais prévu.

Ici dans la banlieue, l’obstacle à la joie exubérante durant la marche n'est nul autre que ce qui est en rapport avec le paysage et le décor extérieur environnant. Inutile de vous dire que depuis quelques jours ma nostalgie de Montréal m’attaque de tout bords tout côtés. En banlieue, disparus ces vitrines en marge des trottoirs, ces odeurs montantes depuis les boutiques et les cafés, cette allégresse dans les yeux des hommes et des femmes que l'on croise—les klaxons et les accélérations monstrueuses des véhicules sport-utilitaires roulant sur la 117 ne me donnent pas l’envie de voir les yeux de leurs conducteurs. Non seulement ça, il n’y a plus du tout cette séduction en filigrane entre les gens qui marchent dans la rue—on n'est pas dans ce «mood» quand on sort d'un Réno-Dépôt— ni la possibilité imminente de croiser quelqu'un que l'on connaît sur la main street. Pratiquement inexistant est le vertige de la curiosité durant les sentiers battus de ma promenade, car ici il n'y a ni restaurant éthiopien ni théâtre d'avant-garde ni club vidéo où l'on peut louer quelques films de Bergman ou de Truffaut. Presque absent aussi le bleu atypique du toit d'un immeuble, la beauté étincelante des graffitis sur le mur des édifices, le mouvement allegro vivace dans les lieux d'une bouquinerie ou le métro qui vous met sur les rails tous les matins, sans parler de ces arbres-chanteurs, eux qui connaissent mieux que nous le nom des rues. Au lieu de tout cela, il y des histoires circulaires passant d'un Tim Horton à l'autre, d’innombrables concessionnaires automobiles, plus de chauffeurs que de permis de conduires, des mains salies par les pages d'un innommable quotidien et à chaque coin de rue un silence nostalgique qui me rappelle que j'ai beaucoup, mais beaucoup aimé Montréal et que je suis indéfectiblement attaché à cette ville. Pourquoi ne pas y retourner ? me demanderez-vous. J'y retournerai un jour, c'est sûr.

Certes, il n'y a pas d'inquiétude à avoir, la vie en banlieue n'a rien d'un calvaire, c'est seulement que je m'y sens moins à mon aise, comme si je portais un soulier qui n'était pas exactement de ma pointure. Heureusement, il y a quand même des endroits où l'on fait de bons lattés...

Une photo de la Brûlerie St-Denis, un café où Proust, Paul Auster et quelques cahiers de chanson m'ont fidèlement accompagné.

2 commentaires:

Ondine a dit…

Contente de t'accompagner dans ta balade sur St-Denis. J'ai de très touchants souvenirs associés à cette terrasse précise, dans lesquels tu es inscrit en filigrane.

Claudio Pinto a dit…

Tu es toi aussi associée à mes souvenirs de cette terrasse rue St-Denis.