mercredi 15 avril 2009

Mots sur Chopin


Le génie mélodique de Chopin, son don pour l'harmonie et la justesse avec laquelle il savait élever et révéler la voix du chant pur. Dans ses doigts si fins et pourtant si attentifs aux échos du monde, une oreille jouant du hautbois dans une cathédrale sous des mains déjà capables de dons d'organes. Chopin tenait en lui le secret des rêves de toute vie humaine, soit le piano pour consolation infinie aux maux du silence. Ce talent fait de colère et de violence, inconsolable depuis l'expérience de l'exil et uniquement porté par un instrument à peine plus large qu'une commode, fut le tritureur d'un corps que seul la musique savait comment soigner.

Personne n'eut survécu à un appel aussi fort, à un appel aussi heureux.

Ici, le Nocturne op. 48 no 2 en fa dièse mineur par Maurizio Pollini. La coda de ce nocturne est selon moi l'une des codas les plus soignées et les plus finements écrites de Chopin, sinon de toute la musique.

Sur la photo, moulage de la main gauche de Frédéric Chopin.

3 commentaires:

Ondine a dit…

Ciel, qu'elle m'émeut cette main-là! En la regardant, je comprends aussi certains choses évidentes au niveau de la facilité pour lui d'articuler 4e et 5e doigts. Bisous xxx

Claude a dit…

Bonjour Claudio, ton billet est vraiment très beau. J'adore Chopin, je ne le connais pas beaucoup, je ne suis pas musicienne et je l'ai découvert tard. Mais les nocturnes... je les écoute très souvent, joués par Maria joao pirès, un délice...
bonne journée, claude

Claudio Pinto a dit…

Ondine,
Oui, cette main est presque angoissante. Oui, les 3, 4 et 5 doigts sont hallucinants. C'est une main qui était destinée à ne jamais vieillir. Une main « faite » pour le piano et peut-être même pour la touche des pianos de cette époque. Au bon endroit au bon moment, nous connaissons l'adage.

Claude,
Merci de régulièrement visiter ma page. Même après toutes ces années, Chopin demeure mon grand frère, plus mon père en musique et en esprit. Pirès exécute très bien les Nocturnes. Elle a du goût.
Je suis très sensible à tout ce que Chopin a écrit sur la tonalité de la bémol majeur. La troisième Ballade, le Prélude no 17, la Polonaise "Héroïque", la première Étude de l'opus 25... On y retrouve un Chopin au coeur de la nature, si près de la mère (mer) et du rivage, comme réconcilié avec sa propre désincarnation, comme s'il s'incarnait en fleur, en fleur sauvage. J'ai parfois le sentiment que la tonalité de la bémol chez Chopin est l'équivalent de la table et la chaise les plus confortables pour le poète ou l'écrivain.