lundi 9 mars 2009

Du va-et-vient ainsi que Milk de Gus Van Sant


Il y a quelques jours que je voulais revenir à ce blogue et m'y livrer avec l'intimité qu'il me connait. Dès la création de cette page, mon but premier était de rédiger des billets où je donnais des commentaires sur mes coups de coeur en littérature et en musique. La vie choisissant très souvent pour nous, ce sont les «scènes de mon quotidien» et autres instantanés de ma vie, suivis de réflexions sur ceux-ci, qui ont pris le dessus sur mes chroniques littéraires et musicales. Au fil des heures passées à écrire dans un journal intime manuscrit, journal où il est surtout question des pans plus secrets de ma vie, il m'arrive de revenir à ce blogue lorsque je suis parvenu à faire le plein de patience grâce au journal en papier. L'écriture au quotidien, indice premier de ma patience, qui s'apparente pour moi au phénomène de la ventilation pour l'âme, est une habitude que je garderai probablement jusqu'à la fin. Pour le reste, la musique et le piano ne cessent de m'accompagner au jour le jour tel une maîtresse fidèle.

Beaucoup d'idées musicales ont vu le jour au cours des dernières semaines. Tout récemment, j'étais touché qu'Ondine, sur son excellent Cahiers d'esquisses, ait accepté d'insérer à même son blogue une chanson de ma composition dans le cadre de son vernissage virtuel sur le thème de l'amitié. Cette chanson, intitulée Nous serons réunis, se moulait parfaitement au thème visé, puisqu'elle a été composée pour un ami (vous pouvez cliquer ici pour l'entendre). Outre cela —et pour la première fois —vint me titiller, il y a deux ou trois jours, le désir de composer de la musique instrumentale pour divers événements et médias. Autrement dit, j'ai envisagé de me consacrer à un autre genre musical que la chanson. Je ne vous le cacherai pas, écrire des paroles me prend un temps fou. Non pas que le plaisir se soit étiolé, bien au contraire, c'est que dans ma tête la musique court bien plus vite que les mots! Tous les auteurs de chanson francophone vous le diront, écrire une chanson dans la langue de Molière est un art difficile, bien plus difficile que de composer la musique de cette même chanson. Par contre, pour la composition d'une symphonie pour grand ensemble, c'est tout autre chose...

Aujourd'hui, dimanche de calme et de paisible solitude. Il y a déjà deux heures environ que j'écrivais au café lorsque en fin de la soirée une amie chère est venue s'asseoir à ma table. Cette amie dont la sensibilité et la douceur me touchent profondément, m'a parlé d'un voyage qu'elle avait entrepris il y a deux ans dans le cadre de ses études. Elle me relata un incident qui l'a marqué terriblement. C'était à un moment où dans le train qui la conduisait jusqu'à Vancouver, elle a dû négocier avec des attaques virulentes, paroles désobligeantes et autres, provenant de quelques étudiants de son groupe. J'imaginai immédiatement son angoisse, son désir de s'enfuir, de mourir même. Afin de trouver un peu de réconfort, elle partit à la recherche de son sac à dos afin de prendre contact avec son journal intime. En empoignant le dit journal, elle retrouva de la gomme à mâcher collée entre les pages. C'était la façon cruelle et gratuite qu'avaient trouvé quelques étudiants pour exprimer leur colère face au monde ainsi que face à leur propre vie. Pendant que je l'écoutais, je sentais en dedans de moi l'activation de mes glandes lacrymales. Cette cruauté humaine me fait mal. Après la conversation, je me suis dit : « Ciel ! il n'en aurait pas été ainsi si ces êtres vils et laids avaient fait la rencontre de l'art au cours de leur courte vie, ou encore si un de leurs parents eut su mieux les écouter et sensibilisé sur la fragilité de la vie... ou si un parrain ou même un oncle avait possédé une copie en disque compact (ou 33 tours) de La Flûte Enchantée. » Vous et moi savons qu'un tel événement peut ébranler à vie la confiance de la personne touchée. Que cette personne soit une amie pour qui j'ai une affection sans borne me fait perdre mes gonds. Les vertus de l'intelligence et de la sensibilité ne donnent pas au corps la garantie de pouvoir se défendre. Cela est une grande injustice. Pour celui ou celle qui possède de hautes facultés de l'esprit, il y a forcément un prix à payer. En écrivant ceci, je constate mon impuissance face à tout ça, notamment face à mon amie à qui on a fait du mal. Si j'écris ce récit ce soir, c'est, entre autres, pour ne pas tomber dans la colère.


...


Ce soir, j'ai visionné Milk, le film de Gus Van Sant. Quelle histoire touchante, filmée de main-de-maître par un admirable artiste du septième art. J'aime Gus Van Sant pour l'intelligence avec laquelle il se sert d'une caméra, dans tous les plans et dans tous les mouvements. Je l'aime pour sa manière de diriger les acteurs, pour le soin maniaque qu'il porte aux détails de photographie, de décor et de costumes. Je l'aime aussi pour sa sensibilité du montage et du rythme. Je l'aime pour la touche invisible de son âme musicienne partout où elle passe, mais je l'aime par-dessus tout pour cette manière unique qu'il a de servir l'art, d'agir vers la beauté et de ne jamais tomber dans la guimauve américaine. Si j'étais homosexuel, j'aurais pleuré tout au long du film. En hétéro assumé, je n'ai versé des larmes qu'à la fin, car ce qui me tenait loin d'une rafale émotive était justement la grande qualité du film, sa perfection technique, ses dialogues percutants. Et la cause derrière tout ça, les droits humains, ceux notamment des homosexuels. Ouf ! Ce long métrage est tout amour. Et Sean Penn sait tenir à bout portant cet amour. Comment pourrait-il encore y avoir un doute, Sean Penn est le plus grand acteur de sa génération. Milk est l'oeuvre d'une vie ou la reconnaissance d'un cinéaste à l'endroit d'un personnage historique ayant changé sa vie. Je me demande si John Lennon a rencontré Harvey Milk. Qui sait, si Milk avait fait de la chanson, il aurait peut-être été le premier auteur d'une sorte d'Imagine.

Billet plus long que prévu. C'est toujours comme ça quand je ne suis pas venu ici depuis plus de deux semaines. Des lectures en vue, à commencer par le premier tome du Journal d'Anaîs Nin (je suis à la recherche d'hommes ayant lu Anaïs Nin ; je constate qu'ils sont plutôt rares). Je continue également Les Confessions (tome 2) de Rousseau, terminé Le Procès de Kafka... Entre ces lectures, musique et amitié. Je reconnais ces grands privilèges que la vie m'accorde, et je m'efforce à les reconnaître même lorsque la vie n'est pas en train de me les accorder. Si ce n'était pas le cas, je ne tiendrais pas aussi assidûment un journal intime.

3 commentaires:

Lucie a dit…

J'avais comme projet de voir Milk cette semaine mais finalement, je ne me suis pas rendue au cinéma. Je le garde donc en priorité sur ma liste après ton commentaire.

Bonne semaine! xxx

Anonyme a dit…

J'ai trouvé cette merveilleuse citation,
J'ai tout de suite pensé à toi.

«Je ne peux faire la différence entre les larmes et la musique.» E. M. Cioran

Voilà!

Claudio Pinto a dit…

Lucie ! En plus il est sorti cette semaine en DVD.

Anonyme, Merci beaucoup pour cette superbe citation de Cioran. Au fait, qui es-tu ?