mardi 9 décembre 2008

Et Mozart de me conduire


La semaine dernière, moments de lumière entre tous. J’avais pour mission d’aller reconduire V. à l’hôpital. Je passai donc la prendre chez-elle, puis nous arrêtâmes à un restaurant à service rapide car elle avait le ventre creux. Dans l’auto, quelques conversations douces ainsi que le partage de nouveaux horizons convoités. Les amitiés relancent la vie, presque constamment. Contrepoint parfait au bonheur, ce sont elles qui, plus que toute autre chose, selon moi, font que la vie est belle. Les amitiés forcent non seulement le bonheur mais parfois même le destin. Arrivés à l’hôpital, je sentis en moi une joie soudaine, celle d’avoir aidé une amie, et que celle-ci soit parvenue à recevoir cette aide. V. descendit de l'auto et s'apprêta à entrer dans l'édifice. Il me semblât que j'étais témoin non pas de l'appareillage d'une personne mais plutôt de son amorce, son nouveau commencement. Me vinrent immédiatement ces souvenirs d'enfance où moi et mon père allions porter un membre de la famille à l’aéroport. Ces au revoir n’étaient jamais mélancoliques, mais plutôt heureux, remplis de cette tendresse silencieuse qui permet de passer une belle journée ; et pendant tout ce temps j’étais heureux d’avoir pu fuir la maison quelques minutes et me balader en auto. Mais pour en revenir à V., elle quitta l’automobile sans même m’embrasser, et cela ne me dérangea guère. Mon amie est comme ça, silencieuse et imprévisible, n’aimant pas donner d’explication ; cela tombe bien je n'ai pas l'habitude d'en demander.

En parcourant l’autoroute 640, je zappais tous les postes à la radio. J’essayais tant bien que mal de donner un certain équilibre sonore à cette petite escapade en voiture. J’adore conduire. C’est peut-être l’un de mes exutoires préférés, avec l'écriture et le piano. Conduire tout en écoutant de la musique, conduire en silence, sentir la route, la rêver, aller plus loin grâce à elle, aimer que l’auto nous plonge dans un idéal de la vitesse, de la portée et du point à atteindre ; qu'elle nous sépare de l'idée préconçue des distances, qu'elle consolide nos espaces, qu'elle jette un mirage de réalités dans nos yeux et nos oreilles, qu'elle trouble (lire stimule) momentanément notre imaginaire. À force de parcourir les chaînes du FM, je suis finalement tombé sur Espace Musique qui diffusait un concert de la pianiste Maria Joao Pirès. Le Concerto no 9 en mi bémol, le fameux « Jeunehomme » K271, premier grand concerto de Mozart et probablement son premier grand chef-d’œuvre. Mouvement premier, Allegro. La beauté des articulations de la pianiste, la somptuosité des cordes, la noblesse du dialogue ainsi qu'une allégresse toute féminine à chaque mesure. Les trilles de Pirès, splendides. Second mouvement marqué Andantino, la mélancolie qui sert le cœur, le mien surtout qui est encore et toujours, indéfectiblement même, sensible à tout ce qui a été composé sur la tonalité de do mineur. Moments de grande, très grande beauté. Et puis le Rondeau final, l’exubérance à même la vie, le jet d’or des fleurs qui s’affalent jusqu'au cœur et au corps. Mozart retrouvant Mozart, et l’Amour allant à nouveau jusqu'à lui — s'est-il un jour séparé de lui, l'Amour ? — celui-ci proférant : « Je vous le redis, je vous aime ! N’ayez crainte ! » ; afin qu'il puisse continuer à composer. Étrange, en écoutant ce mouvement final, une intuition me frappa de plein fouet : Mozart ne voulait pas que s'achève cette musique ; et c'est l'impression constante que laisse la musique de Mozart. Puis moi derrière le volant, serrant légèrement celui-ci, j'étais en quelque sorte le tutti qui répondait au piano.

Ah Mozart ! Peintre sublime de mon retour à la maison.

Cliquez ici pour entendre le premier mouvement de ce concerto, interprété par l'excellente Mitsuko Uchida. Orchestre dirigé par Jeffrey Tate

4 commentaires:

Lucie a dit…

Deux textes que je lis sur des blogues aujourd'hui dans lesquels Mozart est présent et ce, quelques jours à peine, après son anniversaire de décès. Mais, là aussi, il n'y a pas de hasard.

Claudio Pinto a dit…

Et dire que le jour de l'anniversaire de sa mort, j'étais à Montréal, soupant véritablement avec une Reine de la nuit.

Anonyme a dit…

Bonjour Claudio, c'est vraiment très agréable de lire ton billet ce matin, j'ai l'impression de me laisser bercer par la musique. J'aime beaucoup Maria joao Pirès (je connais ses nocturnes de Chopin).
Quant à l'amitié, je suis d'accord avec toi, c'est tellement important.
bonne journée,
claude

Claudio Pinto a dit…

Bonjour, Claude

Tu n'es pas la première qui me dit du bien des Nocturnes de Chopin par Pirès. Il faudra bien que je les écoute un jour.

Amitié et musique, ne vont-ils pas bien ensemble !