J'avais presque oublié avoir posé ma candidature au poste de libraire pour le Salon du Livre de Montréal, édition 2009. Il y a quelques mois, j'avais répondu à une annonce sur le web. Le temps d'une courte entrevue téléphonique, la (très gentille) responsable des ressources humaines m'informait que ma candidature était officiellement retenue. J'étais content de la nouvelle, mais ne pensais pas que six jours passées à placer les livres, à répondre aux questions de la clientèle, à côtoyer un nombre incalculable de gens et, surtout, à m'adapter au cadre rigoureux d'un horaire de travail réglé au quart de tour (heures de dîner immuables à l'horaire, tâches diverse à effectuer, respect de l'horaire), tout cela me faisait terriblement violence à mes deux premiers quarts de travail. Par moments, je n'en pouvais presque plus, moi qui, depuis maintenant quelques années, passe le plus clair de mon temps à travailler à la maison ou dans les cafés, préparant musiques, textes divers, ateliers de musique et autres sans grandes contraintes de temps. Ces premières heures à travailler avec le public, dans un tourbillon montréalais de la période pré-Noël, ont réellement mis mon corps et ma tête à l'épreuve. Il faut croire que j'ai vraisemblablement traversé le torrent, car j'écris aujourd'hui tout ceci dans mon blogue.
samedi 21 novembre 2009
Quelques jours au Salon du livre de Montréal
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Claudio Pinto
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lundi 9 novembre 2009
L'enchantement de la Flûte à l'Opéra de Montréal
Des décors et une mise en scène à tout le moins kitsch, un Papageno plus grand que nature (éblouissant Aaron St.Clair Nicholson), une Pamina exceptionnelle (Ah! Karina Gauvin; nous, québécois, enorgueillissons nous de ce talent!) ainsi que beaucoup de joies désincarnées, des moments gracieux ici et là, des corps qui bougeaient avec bonheur, et surtout la musique d'une beauté infinie, si bien que j'aurais pu garder les yeux fermés du début à la fin que mon plaisir n'en aurait pas été gâché, loin de là.
Si j'avais une chose à retenir de cette première soirée à l'opéra, c'est que dès la première scène (ces décors qui donnaient l'impression d'avoir été fabriqués avec du « carton acheté à rabais » nous permettaient néanmoins de se sentir transporté dans la magie la plus féérique, quelque part hors du temps; tout cela était ludique et digne d'un rêve, du moins pour l'enfant que j'étais durant les deux heures et demi que dura la représentation), dès la première scène, donc, je réalisais toute l'importance que revêt un spectacle de cette envergure au temps de Mozart; j'imaginais voir les gens dans les rues de Vienne ou de Prague compter les jours avant la première, en parler à profusion partout au travail et dans les cafés, et ensuite pleurer durant la représentation (moi-mêmeje n'ai pas pu retenir mes larmes à l'Ouverture ainsi que durant le premier air de la Reine de la nuit, au premier acte; saluons, d'ailleurs, le très beau travail d'Alain Trudel dirigeant l'Orchestre Métropolitain). Ce mélange de théâtre, de musique et de mots (l'on s'entend, le livret de Schikaneder ne serait pas passé à la postérité sans la musique de Mozart) avait de quoi donner le vertige, et ce même si ce spectacle n'était pas parfait. Certes, je comprends maintenant tous ces amateurs dont la vie tourne autour des soirées passées à l'opéra.
J'ai donc eu droit à un portrait de l'époque de Mozart, si bien qu'une petite nostalgie m'habitait par moments, celle de n'avoir pas pu être là en chair et en os en 1791, au moment de la création de La Flûte enchantée. Et dire que Mozart, alité car trop malade, chantait tous les soirs, depuis sa chambre, les arias des chanteurs. Le Grand Maître s'est éteint cinq semaines après la première de la Flûte enchantée. Schikaneder, le librettiste, a fait fortune grâce à cette oeuvre, fortune que Mozart n'a malheureusement pas eu le temps de toucher.
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jeudi 5 novembre 2009
Le Proust d'Edmund White
Voici une petite biographie rédigée avec finesse et simplicité, qui propose un survol bref et séduisant de la vie de l'auteur de La Recherche. L'on apprend, entre autres, que Jean Genest a entrepris son premier roman après avoir lu À l'ombre des jeunes filles en fleurs en prison, remarquant lors de l'échange hebdomadaire de livres, qu'il ne restait que celui-là « car personne n'en voulait ». D'autres aspects de la vie de Proust sont révélés, notamment sa correspondance ainsi que sa relation avec Céleste, sa femme de chambre.
Certes, les moments les plus heureux de ma lecture vinrent à la toute fin, en parcourant les pages de la bibliographie. C'est là qu'Edmund White — qui dans cette section prend un ton beaucoup plus intimiste, presque comme s'il s'adressait à un ami — mentionne les ouvrages essentiels et moins essentiels pour la connaissance de l'univers proustien. Il commente ces ouvrages avec une sobriété exquise, témoignant de son admiration pour quelques spécialistes du génial écrivain français, notamment Jean-Yves Tadié, qui est le rédacteur des notes de La Recherche dans l'édition Gallimard. Ce chapitre nous met donc en contact direct avec la sensibilité du biographe.
Cela s'entend, Edmund White a un parti pris homosexuel, ce qui ne devrait en aucun cas gêner les lecteurs à l'esprit ouvert. Et bien que ce livre ne peut assouvir la soif des plus grands amateurs de Proust (il est impossible de couvrir en 180 pages la vie d'un aussi grand génie), il constitue néanmoins une porte d'entrée intéressante pour le néophyte. Quoi qu'il en soit, les onze chapitres de cette courte biographie se lisent agréablement et continuent d'appuyer ceci, que Marcel Proust fut de son vivant un personnage tout aussi fascinant qu'insaisissable.
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mardi 27 octobre 2009
Je suis un fils d'immigrant (2)
Très souvent, le bonheur, qu'il soit grand ou petit, porte en lui une part d'indéfinissable. Dans tout ce qui nous dépasse, il y a des arômes, des saveurs et des couleurs qui nous échappent ; le bonheur est lisse, surtout lorsqu'on cherche à le nommer. Ni fièvre ni exaltation, mais plutôt moment pleinement savouré au coeur du temps qui passe, ces ineffables instants de ponctualité béate qui font le bonheur sont régis par des lois naturelles qui s'opèrent à notre insu à l'orée des rencontres et des moments d'inspiration. Vendredi dernier, me fut octroyé l'immense privilège d'interpréter ma musique et de raconter quelques pans de ma vie à une centaine de personnes présentes lors d'une soirée « conférence et musique » organisée par l'Association Hispanophone de Laval. La soirée s'intitulait Je suis un fils d'immigrant.
Armé d'un micro, d'un piano et d'une guitare, j'ai partagé, en un peu plus de deux heures, mon parcours de jeune immigrant devant des individus dont l'intérêt ne se démentait pas, si je me fie au silence vespéral dont ils ont su faire preuve tout au long de la soirée. Mon récit, entrecoupé de musique en direct, relatait les hauts et les bas de mon arrivée sur sol québécois, suivi des affres de mes expériences de travail durant l'adolescence et l'âge adulte, jusqu'au bilan détaillé de mes premiers pas dans le domaine de la musique. Invitant les gens à écouter mon émission de radio hebdomadaire, plusieurs d'entre eux m'ont promis qu'ils prêteraient l'oreille, et ce, dès la prochaine mise en ondes (qui aura lieu ce soir à 23 h au 101,5FM ou encore à www.cibl1015.com ) .
À la première rangée j'ai aperçu Monsieur Patricio Victoriano, consul général du Chili à Montréal, dont l'écoute sensible et enthousiaste m'a touché autant que sa présence. À sa droite prenait place Madame Aspasia Worlitzky, auteure et poète. La femme de lettres n'a pas manqué de m'adresser quelques mots fort encourageants après ma prestation. Madame Worlitzy a même rédigé un compte-rendu de la soirée sur le site chileinforma.com. Cliquez ici pour lire ce billet, de même que celui de Monsieur Cesar Carrasco, qui était lui aussi présent lors de la conférence.
Cette soirée au Boisé Papineau m'aura permis de rebrancher mon être tout entier à la chanson, médium que j'avais quelque peu délaissé au cours des derniers mois au profit de l'écriture. Certes, avec le recul, je réalise, de façon tout à fait personnelle, qu'il n'y a rien de tel qu'un tour de chant devant un public de fidèles amateurs de chanson. Le troubadour est celui qui porte à l'intérieur de sa carcasse la somme des âges, des époques, des guerres et des pactes de paix ayant vu le jour depuis l'apparition du monde. Que le titre de mes chansons ne soit connu que de quelques initiés m'importait peu au moment où je savais ces pièces marauder dans l'air avec un bonheur tout aussi franc que modeste. Parmi la foule, quelques amis chers. Avec eux, de même qu'avec le reste du public, je suis parvenu à ne pas éviter les moments de rire et d'émotion.
Que puis-je globalement penser d'une soirée comme celle de vendredi dernier ? Que mon tiraillement entre musique et littérature vient de prendre des proportions encore plus démesurées – ce tiraillement sait, fort heureusement, éviter les moments de tergiversation ! L'achat d'une nouvelle guitare s'avérant de plus en plus nécessaire (pour mes prochaines prestations scéniques), je caresse aujourd'hui l'idée de remonter sur scène, et ce le plus rapidement possible. Parlant de la possibilité de retourner sur les planches, la guitare, cet instrument communément appelé le piano du pauvre, demeure indétrônable dans son statut d'instrument-phare du pur et dur songwriter, car il incarne un idéal de liberté mobile et abordable propre à tout acte révolutionnaire. Un accord de guitare bien plaqué harmonisé à une poésie belle et gracieuse a forcément quelque chose de l'affirmation politique.
Entre mon travail d'animateur de radio (visitez http://schubertiadedestempsmodernes.blogspot.com) ainsi que ma besogne littéraire, le musicien semble réclamer plus avidement que jamais les moments d'incarnation. Je serai à son commandement, histoire de ne pas le faire attendre trop longtemps...
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jeudi 22 octobre 2009
Je suis un fils d'immigrant
Plusieurs connaissances ne savent pas que je suis né au Chili de parents chiliens. Lorsqu'ils me font la conversation, ces gens que je connais peu moi-même (des amis de café, de collègues de travail) constatent que j'aime comme eux le hockey, la bonne bière et que je peux fredonner les paroles des chansons d'Harmonium et de Beau Dommage. Puis, au moment où un passant hispanophone nous accoste et nous demande, dans un français approximatif, le chemin pour se rendre au Centre Bell, cette connaissance apprend que je parle également l'espagnol.
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samedi 17 octobre 2009
Chopin (1e mars 1810 - 17 octobre 1849)
17 octobre, jour fatidique pour tous les pianistes de la terre. Vers deux heures le matin à pareille date en 1849, s'éteignait, dans un appartement parisien, celui qui pour moi demeura très longtemps le plus grand des grands, tout art confondu. Comment pourrais-je ne pas rendre aujourd'hui un hommage, minuscule fût-il, au Chantre du piano, à celui qui a souffert pour nous tous!
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vendredi 16 octobre 2009
La Louée, premier roman de Françoise Bouffière
Membre de la Recrue du mois depuis tout récemment - ce site est une publication web dont la mission est de mettre en lumière le premier roman d'un auteur québécois -, vous trouverez mon compte-rendu de La Louée (ainsi que celui des autres excellents membres du magazine) en cliquant sur le lien suivant : http://www.larecrue.net/
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jeudi 15 octobre 2009
L'amour dans le Journal
Rarement ai-je aussi parcimonieusement consommé un livre. Les pages se tournent lentement entre moi et Anaïs Nin. L'amour coule doucement, près d'un chemin de soie, transportant des effluves musicales dignes d'interminables adagios.
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mercredi 7 octobre 2009
Au revoir Mercedes Sosa
À l'heure où je planchais sur un texte dramatique pour un ami compositeur demeurant à Munich, j'apprenais la triste nouvelle de la mort de la chanteuse argentine Mercedes Sosa survenue dimanche dernier. Elle avait 74 ans.
Durant mon adolescence, résonnait très souvent dans le salon familial la voix de Mercedes Sosa. À ma première audition de Gracias a la vida (hymne hispanophone célèbre de la poète chilienne Violetta Parra), j'ai été désarçonné par la puissance vocale de cette interprète dont le nom m'était encore inconnu. J'ai demandé à ma mère (ou à mon père, je ne me souviens plus) de qui il s'agissait : « Es Mercedes Sosa ». Quelques années plus tard, j'étais dans le même salon, brodant quelques mélodies au piano pendant que mon père parlait au téléphone avec un ami. Depuis les hauts parleurs du petit magnétophone (un modèle « double decker » de marque Sharp), s'échappait une musique pour piano dont la mélodie eut sur moi un effet exceptionnellement saisissant. Mon père n'avait pas terminé son appel que j'avais déjà mémorisé ce morceau en entier. Il s'agissait de la ballade Alfonsina y el mar dans une version pour piano seul interprétée par le compositeur lui-même. J'avais alors dix-neuf ans.
Six ou sept ans plus tard, je commençais à me produire en spectacle en tant qu'auteur-compositeur-interprète. Ma joie d'être sur la scène et de chanter mes chansons n'avait d'égale que la reconnaissance publique que la vie m'octroyait et ce, presque du jour au lendemain. À mon premier spectacle (dans la salle du défunt organisme communautaire La Vingtaine), on me demanda un rappel. Spontanément, j'ai interprété Alfonsina y el mar. Cette pièce n'avait cessé de m'accompagner depuis le jour où je l'ai entendu la première fois – depuis mes débuts sur scène, il n'y a pas eu un seul de mes concerts où je n'ai pas joué ce morceau au piano. Bien souvent, après ma prestation, les gens avaient l'habitude de me demander quel était le nom de cette musique. En leur fournissant les détails discographiques du morceau, je faisais immédiatement référence à Mercedes Sosa qui demeure selon moi la plus grande interprète de cette chanson.
Cliquez sur ce lien pour entendre la voix de Mercedes Sosa : http://www.youtube.com/watch?v=WyOJ-A5iv5I
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